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Annaba. La galère et la «harga»

29/10/2007 - Lu 5052 fois
On acquiert de «l’ancienneté» dans le chômage, on perd espoir et on a le sentiment d’être fini à 30 ans.

On acquiert de «l’ancienneté» dans le chômage, on perd espoir et on a le sentiment d’être fini à 30 ans.

Jamais auparavant, l’Algérie n’a engrangé autant de recettes en devises fortes, près de 90 milliards de dollars de réserves de change, une aisance financière jamais égalée jusque-là et un taux de croissance appréciable. Ce qui est étonnant dans tout cela, c’est que le chômage atteint des chiffres alarmants qui pourraient ébranler tout l’édifice social et menacer sérieusement une stabilité chèrement acquise après la tragédie nationale. Les chiffres officiels avancés (un taux de 12,5%) sont loin de refléter la réalité vécue sur le terrain du marché de l’emploi qui, eux, tournent autour de 30%.

Une réalité amère qui se vérifie dans toutes les régions du pays. A Annaba, ville qualifiée d’important pôle industriel et commercial, la situation n’est guère reluisante, le chômage est devenu endémique et touche toutes les franges de la population, particulièrement celle fraîchement arrivée sur le marché de l’emploi et qui devra subir le calvaire auquel ont été soumises les précédentes. C’est-à-dire faire le circuit du parfait chômeur: écrire des dizaines de demandes, déposer un nombre équivalent de dossiers et aller chaque matin aux nouvelles pour, à la fin, découvrir que cela n’a servi à rien.

Les années passent, on acquiert de «l’ancienneté» dans le chômage, on perd espoir et on a le sentiment d’être fini à 30 ans; on pense alors à quitter le pays et aller tenter sa chance ailleurs. Cet ailleurs, cet eldorado, se trouve de l’autre côté de la Méditerranée, un chant de sirènes auquel on ne peut résister, «el harga» avec tous les risques que cela suppose est le moyen le mieux indiqué.
Comment en est-on arrivés là? Cette situation s’explique par le fait que toutes les formules, tous les dispositifs mis au point par le gouvernement répondent peu ou pas au nombre de demandeurs d’emploi qui croît sans cesse chaque année et sont à l’origine de protestations parfois violentes qui tournent à l’émeute comme cela a été le cas à Sidi Amar, il y a près de 2 ans. La création de l’emploi dans les secteurs primaire, secondaire ou tertiaire est aléatoire.

Les quelques entreprises «rescapées» des différentes restructurations ou liquidations arrivent à peine à survivre dans un environnement économique très hostile miné par une concurrence déloyale qui s’affiche au grand jour.
La plupart des 42.700 emplois qu’on dit avoir créés au cours de l’année 2006 et les quelque 22.500 de l’année 2007 sont des contrats à durée déterminée (CDD) qui remettent les travailleurs à la rue au bout de quelques mois. Les autres postes, ceux dits à durée indéterminée, se trouvent au niveau de l’administration, du côté de Arcelor-Mittal, ou des remplacements de travailleurs mis à la retraite.

Dans le secteur du bâtiment, il y a de «l’embauche» comme on dit, mais cela concerne la main-d’oeuvre qualifiée qui se fait rare à Annaba, les employeurs font appel à celle étrangère pour combler le déficit. Une situation paradoxale, d’un côté des milliers de chômeurs qui ne demandent qu’à travailler, de l’autre, on importe de la main-d’oeuvre qualifiée alors que les centres de formation professionnelle livrent chaque année des centaines de jeunes formés dans diverses spécialités souvent sans débouchés parce que saturées. Les métiers en relation avec le bâtiment ou les travaux publics ne sont pas très prisés. Maçon, couvreur, carreleur, électricien bâtiment, plombier et autres sont très recherchés de nos jours au vu du nombre de projets lancés ou en passe de l’être.

Dans l’agroalimentaire, sur les huit conserveries de tomate qui faisaient la fierté de la wilaya de Annaba et qui employaient directement et indirectement près de 120.000 personnes, il n’en reste que deux qui tiennent encore par miracle; ce qui a été une véritable catastrophe pour la région.

C’est la disparition de toute une filière, une expérience et un savoir-faire de plus d’une vingtaine d’années dans le domaine de la production de la tomate industrielle partent en fumée, la mise au chômage forcé de milliers d’ouvriers agricoles et un redéploiement très difficile pour les agriculteurs qui se convertissent à d’autres cultures avec tous les aléas que cela suppose.

Dans les 12 communes que compte la wilaya de Annaba, les mieux loties en matière d’emploi sont celles d’El Hadjar, El Bouni, Sidi Amar ou le chef-lieu de wilaya; il n’y a qu’Arcelor Mittal l’administration ou les services, qui créent véritablement de l’emploi -au compte-gouttes- dirons-nous. A Tréat, Oued El Aneb, Chorfa, El Eulma, Aïn Berda, Berrahal, Seraïdi ou Chetaïbi, c’est la galère pour les jeunes, des horizons bouchés, un marasme social sans précédent et des drames au quotidien.

Dans cette dernière ville, de violentes manifestations ont eu lieu, la semaine écoulée, manifestations qui, au départ, avaient pour origine les coupures de courant dans toute la localité mais qui sont en fait sous-tendues par des revendications d’ordre socioéconomique. Les jeunes ont exprimé leur ras-le-bol en détruisant et incendiant tout sur leur passage, ils disent être marginalisés et n’avoir plus aucun espoir de mener une vie décente.

Les différentes formules d’emploi ou d’aide à l’emploi ont montré leurs limites et les demandeurs ne s’y «frottent» plus pour avoir été échaudés à plusieurs reprises, Ansej, Angem, emploi de jeunes, filet social, travaux d’utilité publique à haute intensité de main-d’oeuvre dite Tup-Himo ne drainent plus grand monde. Reste le contrat préemploi (CPE) destiné aux jeunes universitaires et qui séduit quelque peu les diplômés qui, pour en bénéficier, doivent patienter deux ans minimum et parfois plus.

Mohamed Tahar RAHMANI [L'EXPRESSION - 29-10-2007]

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