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Arcelor Mittal Annaba.

26/02/2008 - Lu 11515 fois
BOUSQUET, DIRECTEUR GÉNÉRAL D’ARCELOR MITTAL ANNABA À L’EXPRESSION
«Nous recruterons selon nos besoins»

Unique complexe sidérurgique en Algérie et au Maghreb, l’usine Arcelor Mittal de Annaba est toujours sous les feux de la rampe. Toute information concernant ce site est disséquée, analysée et traitée par différents spécialistes spéculant ainsi sur son devenir au sein du groupe international. La rumeur prend le relais déformant et amplifiant des faits. La désinformation et la manipulation font le reste. La nomination fin octobre 2007 de M.Bernard Bousquet comme directeur général d’Arcelor Mittal Annaba, en remplacement de M.Sanjay Kumar, a soulevé des interrogations malgré l’accueil favorable qui lui avait été réservé par l’équipe dirigeante et les personnels en poste. A toutes ces questions, M.Bernard Bousquet a bien voulu répondre lors d’un entretien accordé à L’Expression.

  • L’Expression:
    Bernard Bousquet:
    La fusion entre Arcelor et Mittal Steel est une réussite remarquable du multinationalisme. Elle symbolise la volonté de constituer une équipe intégrée pour une évolution positive allant dans le sens du progrès et de l’amélioration des performances. Ma nomination est intervenue dans le cadre de la gestion par le groupe des activités et du personnel. Arcelor Mittal est un groupe ouvert. La mobilité du personnel est un atout. Il y a des Belges, des Canadiens, des Indiens qui travaillent en France ou au Luxembourg. Ici, les Algériens sont majoritaires mais il y a aussi des Indiens.
    C’est une bonne équipe et j’en suis heureux. Mon profil, mon expérience et mon sens de communication, élément fondamental dans le management de l’équipe, ont fait que les dirigeants du groupe m’ont nommé à ce poste Annaba.
  • Nous avons appris qu’un nouvel organigramme est fin prêt pour être concrétisé sur le terrain. Mais celui-ci n’a pas été appliqué parce qu’il prévoit des suppressions de postes. Est-ce que la direction générale attend les départs à la retraite des 1500 travailleurs prévus pour procéder à ce changement? Sinon, quel est l’objectif de cet organigramme?
    Le départ à la retraite est une évolution normale. L’organigramme ne prévoit aucune suppression d’emploi. Bien au contraire, Arcelor Mittal Annaba est l’une des rares sociétés ayant embauché dans le cadre du préemploi 320 ingénieurs et techniciens en 2005.
    Ceux-ci ont été permanisés et certains parmi eux occupent déjà des postes de responsabilité au sein de l’entreprise. Si recrutement il y aura, il sera sélectif et selon les besoins, les compétences et les spécialités. Nous avons beaucoup investi dans la formation du personnel. Des travailleurs ont été envoyés à Dunkerque et à Fos en France, d’autres sont formés sur place. Notre objectif est d’atteindre les standards internationaux; augmenter la production avec des effectifs restreints pour être compétitif en matière de prix sur le marché mondial.
  • Arcelor Mittal se propose de dépasser les 2 millions de tonnes par an, ce qui ne va pas sans la modernisation de certains équipements ainsi qu’une réorganisation du travail: y a-t-il des investissements dans ce sens?
    Certainement, un important investissement a été déjà consenti en 2004. Il s’agit du laminoir à chaud (LAC) qui a coûté 60 millions de dollars, un nouveau haut fourneau ainsi que la réfection des 2 autres et de toutes les agglomérations qui vont avec. Il y a un plan de remise en état de la cokerie (revamping) et bien d’autres structures pour lesquelles ont été dépensés 80 millions de dollars. C’est une amélioration technologique qui pourra faire avancer le complexe et le rendre plus performant, plus fiable et où la productivité sera nettement améliorée.
  • Selon des informations, pour que le complexe de Annaba soit rentable, il faudrait qu’il produise 5 millions de tonnes par an. Aussi, pour pallier ce déficit, Arcelor Mittal veut accéder à l’exploitation du gisement de Ghar Djbilet et le rachat de 5 entreprises, 2 tuberies à Annaba et Ghardaïa ainsi que 3 tréfileries. Où en sont les négociations et se pourrait-il que le groupe rachète ces entreprises face à son concurrent germano-britannique Primary et Bender?                                                                                                Nous sommes déjà à 1,3 million de tonnes par an, le site enregistre des résultats positifs. Il est vrai qu’il n’est pas au standard du groupe, mais il y a une amélioration dans la production. Le complexe est parti sur des bases solides, totalement intégré avec la mine de l’Ouenza. Il ne faut pas démoraliser les gens. Les capacités de l’usine, actuellement, sont de 2 millions de tonnes. Il ne peut pas produire plus. Le personnel est compétent, tout le monde progresse et on cherche toujours à aller de l’avant, malgré le fait que la barre est placée très haut. Pour ce qui est de Ghar Djbilet, effectivement, il y a eu manifestation d’intérêt, pour les autres entreprises que vous avez citées, je n’en ai pas connaissance.
  • L’explosion du 2 janvier 2008 au niveau du convertisseur de l’aciérie à oxygène N°2 suite à laquelle un incendie a tout détruit a eu des conséquences très négatives sur le business-plan. Pourtant, bien avant cela, le rapport du cabinet international d’études Price Waterhouse Coopers avait critiqué les conditions de travail et la défaillance des systèmes de contrôle, ce rapport a-t-il été pris en considération?
    Il s’agit là de conditions générales et non spécifiques. Des incidents de ce genre arrivent sur tous les sites. Cependant, nous avons pris des mesures. Beaucoup de travaux ont été lancés, des progrès notables en matière de sécurité ont été enregistrés. Les accidents de travail ont été réduits de 50%, même si cela reste élevé. Nous allons apporter des améliorations matérielles ainsi que l’instauration stricte d’une discipline managériale allant dans le sens d’une meilleure protection par le perfectionnement du système de maintenance. D’ailleurs, une direction à part a été instituée pour s’occuper de ces aspects.
  • Cette explosion qui a mis au chômage technique des centaines d’ouvriers a eu un impact négatif sur la production. Que compte faire la direction pour rattraper ce déficit?Elle a eu des conséquences dramatiques quant à l’aspect humain. Un de nos ouvriers a été gravement blessé. Il est pris en charge par l’organisme en France dans un hôpital spécialisé pour grands brûlés. Aux dernières nouvelles, il se porte mieux et l’évolution de son état est positive. Pour ce qui est de la production, il n’y a pas de chômage technique.
    Nous avons mis à profit cette situation pour former le personnel en matière d’entretien et de maintenance des installations. Nous avons minimisé l’impact de cette perte sur nos clients pour ne pas mettre en péril leurs projets et nous avons dû ramener les billettes d’un des sites du groupe situé en Allemagne, pas au même volume parce que celui-ci en a besoin lui aussi pour ses propres laminoirs.
  • Au vu de l’expérience d’Arcelor Mittal devant ce type d’incidents, quel est le délai fixé pour la remise en service du convertisseur de l’aciérie?
    L’enquête est toujours en cours pour déterminer les causes de cette explosion avec nos experts et nos assurances. On a fait appel à un certain nombre de sociétés locales et étrangères et nous avons adopté une stratégie de remise en état en 2 parties. Démarrer un convertisseur dans les plus brefs délais de façon provisoire et cela dès la fin du mois en cours, tout en programmant une rénovation totale et une reconstruction du site sinistré. Certes, cela prendra du temps, mais ce sera fait.
  • Certains ont lié cet incident à la hausse du prix du rond à béton qui a atteint sur le marché national les 8000 DA. Est-ce que la remise en service du convertisseur contribuerait à une stabilisation du marché?
    Le marché algérien est ouvert. L’évolution du prix de l’acier est sous-tendue par les prix de la matière première et de l’énergie qui ont sensiblement augmenté ces derniers temps. Ajoutez à cela la baisse de production des usines chinoises, suite aux intempéries qui ont touché ce pays et vous avez une idée sur cette évolution. Cette augmentation n’est pas propre à l’Algérie. D’ailleurs nous ne couvrons que 30% des besoins exprimés.
  • Le transport du minerai de fer se fait par camion. Le transport par rail est plus ou moins négligé malgré les avantages qu’il offre. Pourquoi?
    Nous avons de très bonnes relations avec la Sntf qui assure l’approvisionnement du complexe, cependant le transport routier est nécessaire et vient en complément pour satisfaire nos besoins. L’expédition des produits se fait normalement et tous nos efforts vont dans le sens d’une meilleure collaboration.
  • Quelle est votre appréciation de la situation actuelle au complexe de Annaba et quel pourrait être son avenir selon vous?
    Je suis très content d’être à Annaba. J’ai été très bien accueilli par l’ensemble du personnel du site. Arcelor Mittal Annaba a fait des choses, des équipements ont été rénovés. Il existe des potentiels en progression constante et des gens travailleurs et disciplinés.
    Nous avons beaucoup apprécié la qualité du contact avec le syndicat, chacun joue son rôle et nous espérons arriver à un niveau de confiance, d’ouverture et de transparence, de façon à faciliter les échanges entre les managers et les personnels. C’est un brillant avenir qui attend ce complexe parce que tout le monde s’implique pour améliorer la situation en adoptant une discipline et une rigueur dans le travail.

L'expression > 24 /02/08  >  Mohamed Tahar RAHMANI, 


Bernard Bousquet en bref
Bernard Bousquet, directeur général de Arcelor Mittal Annaba, est ingénieur de formation, diplômé de l’Ecole des arts et métiers de Paris. Il est réputé pour être un excellent gestionnaire ayant occupé différents postes de responsabilité au sein du groupe, leader mondial de la sidérurgie. M.Bousquet, nommé à ce poste en octobre 2007 en succession de M.Sanjay Kumar, est un homme d’expérience qui connaît bien le secteur de la sidérurgie pour y avoir travaillé pendant près de 30 ans. En 1979, il rejoint l’usine de Gueugnon (France) où il devient directeur technique après avoir auparavant mis en service celle de Greenfield au Mexique. En 1992, il est chargé de la supervision et de la construction d’un autre complexe sidérurgique en Thaïlande. En 1996, il est nommé directeur de l’usine de Pont- de- Roide, poste qu’il occupe pendant 4 ans avant de se voir confier le poste de responsable de la sécurité, du développement continu et de la qualité à R&D. Actuellement, il cumule les fonctions de vice-président directeur général d’Arcelor Mittal et de directeur général du complexe de Annaba.

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