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Annaba. Festival du malouf Hassan El Annabi

31/08/2006 - Lu 12535 fois
Une flamme constamment ranimée

Neuf années sont passées depuis la création du 1er Festival Hassan El Annabi de la musique malouf de Annaba.

Le Théâtre de Verdure Mohamed Boudiaf est toujours plein. Un public de plus en plus nombreux s’y presse pour écouter ce style de musique. A Annaba, le maître incontesté en est le regretté Hassan El Annabi de son vrai nom Hassan Aouchel. limitée à un contour strictement local pour des considérations financières, la manifestation est plus importante.

Chaque année, les organisateurs font travailler musiciens et chanteurs dans son ombre comme si le maître était toujours là. Une manière comme une autre de ranimer chaque été la flamme du malouf, le sien. Organisateurs, artistes et public s’y adonnent à une commémoration perpétuelle. Une entreprise sympathique et généreuse à quoi la direction de l’office communal de la culture de Annaba s’est consacré non sans mérite, avec lucidité et patience. C’est qu’à chaque fois, les morts comme le musicien Hassen El Annabi, l’artiste sculpteur Bechir Belounis, l’homme de culture, historien, astronome et également musicien H’sen Derdour s’éloignent pour devenir des légendes.

En persistant à organiser annuellement cette manifestation, cette direction renouvelle un défi. Aux antipodes de ces variations organisationnelles imposées par un président d’APC apparemment frileux quand il s’agit de manifestation culturelle de grande envergure, il y a les décors.

Au delà du Théâtre de Verdure, l’on retiendra celui admirable de Aïn Achir. Le soleil couchant de cette plage, son décor fait d’eau de la grande bleue, son sable jaune, ses rochers et ses écumes blanches justifient la mise en scène. Il y aussi les lumières tremblantes de la nuit dont les effets magiques escamotent quelque peu les notes musicales et les artistes. Bien qu’un peu grave, bien qu’un peu sombre, l’on dira de ce festival du malouf de Annaba qu’il est varié, contradictoire et multiple comme il se doit.

Et comme pour mieux imager le tout durant trois soirées, sont montées vers le ciel étoilé des notes et des musiques. Celles du jeune Yacine Achouri, qui a ouvert le festival, ressemblent à une supplique dans Bilahi ya hamami, Redjel el koudia. Ces deux chansons ont mis en relief le visage d’enfant triste de la manifestation avec l’absence au programme d’un autre grand de la musique et de la chanson malouf, Mohamed Tahar El Fergani.

Depuis ce dernier lundi donc, dans le strict respect d’un calendrier d’animation estivale établi et respecté depuis neuf années, le Festival de Annaba de la chanson malouf a ouvert ses portes. Les trois soirées successives ont été animées par plusieurs artistes et musiciens. La majorité a été formée par le défunt Hassan El Annabi, issue de l’école de musique qui porte aujourd’hui son nom. La manifestation a offert une courte échelle de bienvenue à des valeurs montantes de la chanson et de la musique malouf locales. Les érudits ont apprécié. Quant aux autres, il faut espérer qu’ils méditeront les leçons de la rigueur et du pragmatisme et de la convivialité. Ce qui leur permettra de réviser leurs clichés habituels avant de réécouter, l’esprit vierge de toute référence anecdotique, les chansons et la musique du maître du malouf annabi Hassen El Annabi.

C’est surtout avec la sonorité de ses chansons, exceptionnellement diverses et fluides, que ce fils adoptif de Annaba, né à Béjaïa en 1925, s’est distingué de son vivant. Jusqu’à sa mort, les compositions de Hassen El Annabi sont restées très mélodiques, poétiques et langoureuses. L’artiste s’était, en effet, engagé dans un esprit de recherche harmonique et rythmique poussé à l’extrême. Exemples types de ses chansons Ya Ftaïma rouhi ya beni El Ourchène, Ya moulet essag edrif, Rouhi oua Rouhti, Jesmi fnat alia. L’on y décèle des gammes distendues, des notes sans apparente relation et qui pourtant se côtoient avec des lignes mélodiques qui se chevauchent.

En fait, celui qui écoute Hassen El Annabi ne peut ne pas être épaté par le travail réalisé depuis 1962 par l’artiste. Un travail lyrique aussi précis et habile, malgré la difficulté des contorsions musicales. Dommage, vraiment dommage que du côté de la commune de Annaba où l’on se permet des salons Ibiza à 180 000 DA, un festival du genre soit limité à une proportion incongrue pour des questions financières.

A. Djabali [EL WATAN - 31-08-2006]