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Il était parmi les 37 harragas interceptés par les tunisiens

19/09/2007 - Lu 1849 fois
"On a brûlé des habits dans l’espoir d’être aperçus"
Il a 23 ans ; Salaheddine, c’est son prénom et il était parmi les 37 harragas interceptés au large des côtes tunisiennes récemment. Nous l’avons rencontré lundi soir autour d’un café non loin de chez lui (centre-ville de Annaba), et il nous relate son aventure, ou plutôt sa mésaventure. Cadet de 7 enfants, il se définit comme un travailleur occasionnel. Il collectionne les petits boulots depuis plusieurs années.

À défaut de visa
Chahinez est une émigrée vivant à Marseille et elle a 19 ans. C’est elle la raison principale de la tentative d’immigration de Salaheddine. "Je devais la rejoindre par n’importe quel moyen. Je la connais depuis 1998. Elle vient à Annaba deux ou trois fois par année rendre visite à sa famille. On a célébré la Fatiha en 2004, et je devais donc la rejoindre. J’ai demandé un visa et on me l’a refusé. J’ai décidé carrément de l’acheter. Je me suis mis d’accord avec quelqu’un, je lui ai donné 1 800 euros pour qu’il me ramène le visa. Depuis plusieurs mois, j’attends sa réponse. J’ai décidé après de procéder au mariage civil avec elle en Algérie. Elle était venue à Annaba chez sa famille et lorsqu’on a tout préparé, voilà que les membres de sa famille changent d’attitude avec moi et refusent d’entendre parler de mariage. Selon eux, c’est surtout par intérêt que je voulais me marier avec elle. Pour leur prouver le contraire, j’ai opté pour l’immigration clandestine."

Les préparatifs
Sa femme étant rentrée en France le 4 septembre, il n’a pas pu attendre plus de  quatre jours avant de se décider à la rejoindre : "Le 6, je suis allé voir Rabah. C’est un jeune du quartier et c’est lui l’organisateur des voyages. Dans son palmarès, il a déjà mis au point et réussi 8 harragas". Salaheddine nous informe que cet "organisateur de voyages" ramassait l’argent de ceux qui devaient partir. Avec cet argent, il achetait l’embarcation, le moteur et le GPS. Concernant le départ, notre interlocuteur nous informa que tout dépendait de la météo.
"On devait attendre qu’il fasse beau pour partir. S’il faisait beau chez nous, j’allais me connecter dans un cyber pour voir la météo en Italie. Entre temps, je m’entraînais avec quelques amis à l’utilisation du GPS".
Pour ce qu’il avait décidé de faire une fois sur place, notre jeune aventurier avait programmé de rejoindre Naples où l’attendait un copain à lui qui y vit depuis plusieurs mois déjà. "J’ai un autre copain à Milan aussi. J’avais projeté de rester chez l’un d’eux le temps de me faire un peu d’argent et de voir si je peux me faire des papiers. En Italie, ce n’est pas facile. Elle devait me rejoindre après. Pour le voyage, on avait tablé sur 20 ou 22 heures de navigation avant d’arriver à la Sardaigne. Pour l’argent, j’ai déboursé 5 millions de centimes et c’est un prix d’ami puisque les autres ont mis 10 millions chacun".

Samedi 8 septembre, 1h du matin
Il nous raconte comment s’est déroulé le départ. "Le 8 septembre à 21h, Rabah m’appelle pour me dire que c’est pour ce soir. Sur une plage non loin de chez moi je l’ai retrouvé. Il était avec 9 autres personnes. Dès le départ, je suis désigné comme chauffeur. Je suis un enfant de la mer, et donc j’étais le mieux placé pour avoir le GPS. Je leur ai parlé droit dans les yeux et je leur ai dit que celui qui a peur n’a qu’à descendre dès maintenant".

"On n’était qu’à 187 kilomètres e la Sardaigne"
Dimanche, 21h, l’embarcation s’arrête subitement, mais cette fois, rien ne va plus, le moteur après quelques ronflements ne répond plus.
L’espoir semblait prendre un sacré coup. "Alors qu’on était à 187 kilomètres du lieu rêvé, la Sardaigne, c’est ce qu’indiquait notre GPS, la peur prenait le dessus, la mort nous guettait comme un vautour. Il faisait froid et la mer, coléreuse, agitait ses vagues. Nous nous étions mis à vomir tous nos viscères".
Jamais, au grand jamais, Salaheddine ne s’était trouvé dans cette posture d’un mort en sursis. Il se savait, comme ses compagnons, en danger, guettant le moindre mouvement, le petit geste pour se sauver de cette mauvaise passe.
C’est là qu’il s’était mis à la meilleure manière de s’en sortir avec le moins de dégâts possibles. Il décrit ces moments avec une extraordinaire émotion, le regard perdu et ses yeux quelque peu embués. "On a brûlé des habits dans l’espoir d’être aperçus. On n’avait ni eau ni vivres à part quelques bonbons. On était tous exténués et on vomissait tous".

La Galite au lieu de la Sardaigne
Mardi en fin de journée, on a rencontré des pêcheurs sur un chalutier. L’un de nous criait : "Inchallah ce ne sont pas des Arabes !" Avant d’ajouter : "Je suis prêt à accepter de vivre avec les cannibales que de retourner où j’étais." Malheureusement pour eux, c’était un chalutier tunisien qui les a guidés vers l’île tunisienne de la Galite. "Mercredi on est restés dans leur centre militaire et on a dû subir des dizaines d’interrogatoires, en groupe ou individuellement."

"On est rejoints par 27 autres harragas dont une Algéroise"
"Mercredi soir, on est rejoints par 27 autres jeunes Algériens. Eux aussi ont été interceptés la soirée même. La plupart étaient originaires de Annaba, et il y avait parmi eux une Algéroise d’environ 25 ans et pas mal du tout. Les Tunisiens lui ont dès le début fait un test de dépistage du sida, alors qu’on ne nous a pas du tout ausculté depuis le début. Elle m’a dit qu’elle était venue d’Alger avec deux autres jeunes et qu’elle voulait faire sa vie en Europe. Vendredi, à 4h du matin, on a quitté la Tunisie pour rentrer au pays."

Salim Koudil [LIBERTE - 19-09-2007]
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